"Qu'est - ce - que l' Art ?"

  Ami "Art-lover",

Voici quelques opinions proposées à ta réflexion, souhaitant que les commentaires aillent bon-train !

Toutes les ivresses ont puissance d'art -
F. NIETZSCHE

Pour qu'il y ait de l'art, pour qu'il y ait une action ou une contemplation esthétique quelconque, une condition physiologique préliminaire est indispensable : l'ivresse. Il faut d'abord que l'ivresse ait haussé l'irritabilité de toute la machine : autrement l'art est impossible. 

 

Toutes les espèces d'ivresses, fussent-elles conditionnées le plus diversement possible, ont puissance d'art : avant tout l'ivresse de l'excitation sexuelle, cette forme de l'ivresse la plus ancienne et la plus primitive. De même l'ivresse qui accompagne tous les grands désirs, toutes les grandes émotions; l'ivresse de la fête, de la lutte, de l'acte de bravoure, de la victoire, de tous les mouvements extrêmes; l'ivresse de la cruauté; l'ivresse dans la destruction; l'ivresse sous certaines influences météorologiques, par exemple l'ivresse du printemps, ou bien sous l'influence des narcotiques; enfin l'ivresse de la volonté, l'ivresse d'une volonté accumulée et dilatée. —

 

 L'essentiel dans l'ivresse, c'est le sentiment de la force accrue et de la plénitude. Sous l'empire de ce sentiment on s'abandonne aux choses, on les force à prendre de nous, on les violente, — on appelle ce processus : idéaliser. Débarrassons-nous ici d'un préjugé : idéaliser ne consiste pas, comme on le croit généralement, en une déduction, et une soustraction de ce qui est petit et accessoire. Ce qu'il y a de décisif c'est, au contraire, une formidable érosion des traits principaux, en sorte que les autres traits disparaissent.

 

F. NIETZSCHE

 

Le Crépuscule des idoles (1888), «Flâneries inactuelles», § 8, traduction Henri Albert (Société du Mercure de France, 1899).





Qu'est-ce que l'art ?   selon Léon TOLSTOÏ

Ce livre un peu oublié de Léon Tolstoï, présenté par Michel Meyer, est un texte précurseur de l’esthétique moderne et s’inscrit dans le débat actuel sur l’art. « Tolstoï a cherché à comprendre le sens de l’art et non à en étudier l’effet... Il a montré par sa réflexion que l’on devait pouvoir penser l’art en dehors du beau compris comme sentiment subjectif. »

 

 Tolstoï commence par résumer les principales thèses esthétiques en vigueur. Puis, il pointe la nouveauté de l’art moderne : avoir dissocié l’art de la beauté. Il s’attaque ensuite aux artistes « pervers » : Baudelaire, Mallarmé et Verlaine, et tempête devant leur hermétisme, leur décadence. Il s’attaque aussi à Wagner, de manière hilarante.

 

Puis, il s’en prend aux critiques et dénonce leur stupidité. Mais sa virulence ne vise pas seulement la modernité. Il maudit aussi les Grecs, pour qui l’art est une « grossièreté » faite pour chanter – horreur ! – la joie de vivre, la force et la beauté. Il s’en prend également aux élites, faisant du Bourdieu avant la lettre, critiquant leur définition étroite de la beauté, cantonnée aux goûts inconscients de leur classe. Il montre l’épuisement au travail des ouvriers pour satisfaire les goûts ridicules de la classe dominante : sa description outrée d’un dialogue d’opéra, irréaliste au possible, est d’une drôlerie forcenée.

 

Enfin, Tolstoï donne sa définition positive de l’art, celle d’une activité placée sous le sceau de l’union, du haut et du bas et des hommes entre eux. Contre la corruption de l’art qu’il exècre, Tolstoï met ses dons de romancier au service d’une esthétique d’inspiration chrétienne et appelle à une rénovation de l’art.

 

Puis, Tolstoï analyse la part spirituelle de l’art, sur laquelle il a décidé de fonder sa doctrine : l’art, pour lui, réside dans la communication d’un sentiment par l’imagination. Il a pour conséquence la transmission et le partage, et sa condition naturelle est la sincérité de l’artiste. Ethique et esthétique marchent ainsi main dans la main. A rebours des esthétiques en forme de systèmes, il est intéressant de lire les thèses d’un grand romancier à propos de l’art. Cela donne une esthétique pour ainsi dire « de l’intérieur » qui aide a mieux comprendre sonœuvre. Mais cela donne aussi un court traité extrêmement vivant.

 

Le ton passionné de l’auteur fait rire aux larmes quand il ridiculise ses ennemis, les pédants, les philosophes abscons, et rêver quand il nomme « expériences esthétiques » la peau veloutée d’une femme ou un verre de lait dans la montagne...

 

 

 

Présentation du livre de Léon TOLSTOÏ. Traduit du russe par Teodor de Wyzewa , publié par PUF

 






A suivre ...


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